À l’annonce du tirage au sort le 16 décembre dernier, Paris se croyait chanceux en héritant de Dortmund. Pour une fois, la chance est avec nous, disait-on alors. Et puis il y avait le retour de Leonardo, un Neymar en feu, ce 4-4-2 du tonnerre, un banc fourni, et une claque annoncée pour les Allemands. Paris maîtrisera ce match, Paris a appris de ses erreurs, oui, cette année c’est la bonne, annonçait en grande pompe l’hebdomadaire France Football le jour même.

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Visionnaires.
France Football

  La suite, on la connaît. Une bouillie collective, que-dis-je, une somme de bouillies individuelles, de la part des joueurs parisiens, face une équipe, une vraie, dominante dans tous les compartiments du jeu. Le 2-1 est même franchement flatteur tant la prestation parisienne a été mauvaise. Alors ? Comment expliquer cette nouvelle déconvenue, et quels enseignements tirer à l’approche du match retour ?

Le Paris perdu de Tuchel

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Foot01

  C’est le problème qui vient tout de suite à l’esprit : ce 3-4-3 fébrile sorti à la dernière minute du chapeau de Thomas Tuchel, faisant écho au légendaire 3-5-2 de Lolo White (face à Man City, 0-1, en avril 2016).  Et la question associée arrive tout de suite après : mais enfin, pourquoi ? Pourquoi avoir improvisé une défense à trois alors que le 4-4-2 était travaillé depuis des mois ? Et qui plus est alors que le club enregistre 25% de défaites avec une défense à trois sous Tuchel (6 sur 24), dont la défaite en finale de Coupe de France face à Rennes (2-2 ; 5-6 t.a.b)…

  Pour une composition à risque comme celle-ci, il faudrait donc des joueurs au meilleur de leur forme, non ? Raté ! Entre les joueurs en méforme physique ou sportive, quasiment la moitié de l’équipe était convalescente. Encore à la veille du match, l’entraîneur parisien ne connaissait pas exactement sa composition. Qui n’a pas été préparée la veille, donc.

  Bon. Une composition qui s’annonçait difficile dès le départ, des joueurs en méforme et surtout pas préparés. La suite a été logique : Paris s’est effectivement fait submerger et n’avait pas tiré une seule fois au but dans le jeu à la pause. Le jeu, justement, a été terriblement stérile : Kylian Mbappé, en 9, ne pouvait pas faire grand chose des longs ballons envoyés sans cesse depuis l’autre bout du terrain. Neymar a essayé de s’en sortir tout seul, peut-être par manque de solutions, mais ne les a pas trouvées non plus. Sans parler de Di Maria, qui a passé le match comme un fantôme. Les 3 attaquants rechignant à faire les tâches défensives, l’équipe était alors coupée en deux entre un bloc bas et donc une attaque pas très utile au final. Verratti a bien voulu faire le maillon entre les deux, mais n’était pas aidé par le maillon faible Idrissa Gueye, qui voulait tout bien faire mais qui a tout raté.

  Y avait-il alors besoin d’un autre signe pour comprendre que ce système n’était pas l’idée du siècle ? Visiblement oui pour le coach allemand, qui a persisté dans sa bêtise, avec un seul changement dans la partie : Di Maria pour Sarabia (à la 76e !), un changement poste pour poste qui n’allait pas apporter grand chose. Et quid d’Icardi, de Cavani, ou même de Draxler, qui auraient pu apporter un vrai plus ?

  À la fin du match, Tuchel a assumé ses décisions, sans toutefois les développer car bien trop difficiles à comprendre pour le commun des mortels. Et puis, après tout, il avait bien essayé la défense à trois contre le redoutable Dijon, alors pourquoi s’inquiéter ? 

Je ne peux pas expliquer, c’est trop long honnêtement, on a décidé dimanche, et hier. On a joué dans ce système à Dijon.

Thomas Tuchel en conférence de presse après le match

  Peut-être Thomas Tuchel fait-il alors partie de ces entraîneurs incapables de remise en question préférant leurs idées à leur équipe. Peut-être Thomas Tuchel n’est-il tout simplement pas ce grand entraîneur dont Paris a besoin pour franchir un cap.

  Mais est-ce vraiment qu’un simple problème d’entraîneur ? Lui-même l’a souligné, dans son analyse la plus pertinente du soir : « On manque un peu de confiance (…) On a joué aujourd’hui avec trop de peur de faire une erreur, ce n’est pas une solution ».

Une préparation la boule au ventre

Il y a toujours le même process. J’ai entendu plein de choses, que la Ligue 1 n’est pas au niveau. Que le club n’est pas géré, les stars etc. (…) Il ne doit pas y avoir de préoccupation. On ne joue pas la vie et la mort contre Dortmund. (…) On doit sortir de cette situation d’avant C1. On est tranquille. Une négativité commence à arriver, ça crée de la négativité.

Leonardo au micro de Canal+, le 9 février

  À l’approche d’un grand-rendez vous, c’est toujours la même histoire pour Paris : l’excitation se transforme en appréhension, le stress monte et c’est tout un club qui devient d’un seul coup fébrile, de l’émir jusqu’aux intendants. En même temps, comment les blâmer ? Paris joue sa saison sur ces deux seuls matchs. Ces deux matchs qui se sont si mal passés les années précédentes : la remontada face au Barça (4-0 ; 1-6), la leçon face au Real de Zidane (1-3 ; 1-2), et enfin l’invraisemblable reMUndata face à Manchester (2-0 ; 1-3). Depuis maintenant trois ans, le PSG ne parvient pas à franchir le stade des huitièmes de finale. Et plus les éliminations se succèdent, plus il est dur de vaincre la malédiction : le club est tombé dans un maudit cercle vicieux dont il sera bien difficile de se défaire. Le constat est d’autant plus alarmant qu’en prenant du recul, on a plus l’impression d’une régression que d’une stagnation : à l’époque de Zlatan (2011-2016), Paris dégageait une certaine force, se faisait rarement surprendre en Ligue 1 et perdait simplement face à plus fort que lui en Europe. Le plafond de verre était alors le stade des quarts de finale, et c’était bien la demi qu’on ne parvenait pas à atteindre.

  Il n’y avait qu’à voir Thomas Tuchel en conférence de presse après le match face à Lyon (4-2, le 9 février), se grattant la peau presque jusqu’au sang, pensant déjà au rendez-vous fatidique. Le directeur sportif, Leonardo, était lui aussi passé dire un mot à la presse : même s’il voulait rassurer tout le monde, on sentait bien dans ses propos que, non, Paris n’était pas aussi « tranquille » qu’il l’affirmait. Il reconnaissait le problème de cette « situation d’avant C1 », faite de « négativité ». Le simple fait d’en parler à la presse, de cette façon, neuf jours avant le match, montrait alors bien que la préparation serait une nouvelle fois fébrile.

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AFP /Ina FASSBENDE

  Le cas Neymar est également éloquent dans la façon dont le club aborde le match. Le joueur n’étant plus blessé, il aurait très bien pu débuter à Amiens sans problème. Mais le staff en a décidé autrement, craignant une nouvelle blessure de leur onéreuse pépite. Résultat ? Neymar manquait de rythme, et a passé le match à ralentir le jeu en essayant désespérément de dribbler huit joueurs à la fois alors que la simplicité s’exigeait. Il n’a donc pas été tendre après la rencontre, fustigeant en zone mixte la façon dont le staff a voulu le protéger.

Je voulais jouer, je me sentais bien, mais le club avait peur.

Neymar après le match

  Et que dire de Thomas Meunier et de Marco Verratti ? Tous les deux sous la menace d’une suspension en cas de carton jaune, ils ne seront pas présents au match retour. Un carton sévère mais stupide pour Verratti, qui a pris Antonio Mateu Lahoz pour un arbitre de Ligue 1 en allant se plaindre auprès de lui pour une faute accordée à tort à Dortmund. De son côté, Meunier a affirmé après le match : « Je ne savais pas que j’étais menacé… Cela m’énerve. Si je l’avais su, je n’aurais pas fait cette faute… ». Le staff parisien n’aurait -il donc pas pris la peine de prévenir son joueur avant la rencontre ? Trop occupés à protéger Neymar, probablement…

  Pourrait-on voir une telle préparation chez un grand d’Europe ? Non, tout simplement car ces géants ont l’habitude des grands rendez-vous, et ne prennent pas un simple huitième de finale aller pour une finale. Ils prennent les matchs les uns après les autres, font ce qu’ils ont à faire et passent vite à autre chose. De la même façon, pourrait-on voir un tel article du côté de l’Angleterre après la défaite de Liverpool face à l’Atlético (1-0) ?  Et si Liverpool se qualifiait au retour, parlerait-on d’exploit, de match monumental, comme cela serait le cas pour Paris ? Non, et c’est bien cela qui différencie un grand d’Europe d’un petit qui aspire à l’être.

Une équipe face à onze individualités  

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  Il est tout de même temps de rendre à César ce qui est à César : oui, le PSG a mal joué, oui, la rencontre a été préparée n’importe comment, mais la défaite de l’un est aussi la victoire de l’autre. Et cette victoire, le Borussia l’a bien méritée. Sans être transcendants, les Allemands ont été solidaires, appliqués, et auraient pu en mettre bien plus si Keylor Navas n’avait pas été là pour sauver les meubles.

  Et dans ce collectif parfaitement huilé, plusieurs joueurs ont su tirer leur épingle du jeu. Erling Håland, bien sûr, époustouflant en deuxième période et auteur d’un doublé, dont une mine envoyée en plein dans la lulu de Navas. Au-delà des buts, le Norvégien de 19 ans a été impressionnant dans son engagement, toujours à se battre à la recherche de solutions, sans attendre comme certains qu’elles viennent à lui (coucou Kyky !). Et que dire de sa vitesse ? Du haut de son mètre quatre-vingt-quatorze, Håland est parvenu à courir 60 mètres en 6,64 secondes, soit trente dixièmes de plus que le record mondial (6,34 secondes) ! Le joueur compte déjà dix buts dans cette édition de Ligue des Champions, et occupe la place de meilleur buteur de l’édition en compagnie de Robert Lewandowski. Mais a-t-il encore des points faibles, bon sang ? Apparemment oui pour le principal intéressé, qui a déclaré après sa masterclass avoir « encore beaucoup de choses à améliorer ». Prends-en de la graine, Kylian.

  Outre l’ancien attaquant de Salzbourg, le latéral polonais au nom imprononçable Łukasz Piszczek est parvenu avec brio à contenir, et même à faire reculer Neymar. Enfin, Emre Can, tout juste arrivé au Borussia (comme Håland) a été aussi juste défensivement qu’offensivement, et sa paire avec Alex Witsel a été précieuse pour l’équipe.

Et maintenant ?

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   Bref, nous avons vu que Paris a tout fait à l’envers à l’inverse de Dortmund. Mais après ce terrible constat, jetons à nouveau un œil sur le résultat final. 2 buts à 1. Soit 49,3% de chance de se qualifier sur 601 précédents en Coupe d’Europe depuis la saison 1970-1971, ou même 51% si l’on prend la Ligue des Champions seulement (155 précédents). Une chance sur deux de se qualifier, donc. Dans trois semaines au Parc, il faudra s’imposer 1-0 ou par au moins deux buts d’écart pour passer au tour suivant. Rien d’insurmontable, non ? Non, en effet, mais à condition de ne pas répéter les erreurs passées. Là est pour une fois la chance du PSG : à défaut d’arriver à se corriger d’une saison à l’autre, peut-être parviendront-il à se corriger d’un mois à l’autre ?

  Pour commencer, remballons tout de suite les hashtags du type #EnsembleOnVaLeFaire ou #TimeForHistory, et autres opérations de communication. On l’a vu il y a deux ans face au Real Madrid. Après la défaite 3-1 de l’aller, la cellule communication du club a bassiné toute une ville avec l’espoir d’un retour miraculeux, pour finalement mettre encore plus en valeur la déconfiture parisienne : une défaite 2-1 sans relief ni envie. Les joueurs se sont-il faits dessus à cause d’une pression démesurée ? C’est possible, et il s’agit de ne pas refaire la même erreur : non, se qualifier face à Dortmund ne relèverait pas de l’exploit, simplement de la belle performance. Prenons encore une fois exemple sur les Reds de Liverpool. Après la défaite, le défenseur Andy Robertson a dit devant les  journalistes, en parlant des joueurs madrilènes : « Ils célèbrent comme s’ils s’étaient qualifiés, alors on verra. (…) Ils vont venir à Anfield, nous savons que nos fans seront là. Nous serons là. ». Voilà comment aborder le match retour : c’est sur l’adversaire qu’il faut mettre la pression, pas sur soi.

  Paris joue dans un championnat qui s’apparente plus à une série de matchs amicaux qu’à une réelle compétition. Désavantage ou atout, prenez cela comme vous voulez, mais le fait est que le club de la capitale aura quatre matchs pour préparer le retour : face à Bordeaux (23 février) et Dijon (29 février) au Parc, puis une demi-finale de Coupe de France face à Lyon au Groupama (4 mars) avant de finir à Strasbourg (7 mars). Soit un match de plus que les Allemands. Au lieu de se lamenter sur un calendrier trop chargé, c’est l’occasion parfaite pour trouver le bon système et le préparer pendant ces quatre matchs, dont un seul (la demi-finale de Coupe) a un réel enjeu. Alors, par pitié M. Thomas Tuchel, ne changez pas d’équipe à tous les matchs : trouvez votre composition, trouvez vos joueurs, faites les jouer, tout simplement. Et quoi de mieux que le 4-4-2, qui fonctionnait si bien, pour mettre une pression terrible à Dortmund, avec l’aide d’un Parc qui devra être à la hauteur ? Inutile de chercher trop loin, la solution est à portée de main.


 

 

 

Crédit image : AFP /Ina FASSBENDE